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Zone de Texte: Les Mains de Masseur

Une vie de chien...

 

(Mai 2007)

 

 

 

Le mois dernier, ma famille a perdu Marline, une chienne Boxer, animal qui nous tenait compagnie depuis plus de dix ans…

 

Si ce type de chien n'existait pas, je n'existerais peut-être pas non plus, car dans les années 50, mon père allait, en fin de semaine, chez mes grands-parents pour y voir sa fiancée. Il n'oubliait pas de prendre avec lui son bleu de travail qu'il mettait pour s'amuser, se rouler par terre, avec la chienne boxer qu'avaient les parents de sa future épouse. A cette époque, les rapports entre les fiancés n'étaient que cutanés, éventuellement buccaux, et c'était tout. Mon père avait plus de rapports corporels avec la chienne de ses futurs beaux-parents, qu'avec sa future épouse.

Si cette chienne n'avait pas été là, il n'y aurait peut-être pas eu mariage, et la création de la famille dont je suis le premier fruit.

Mes parents travaillant tous les deux à ce moment-là, j'ai passé mes premières années chez mes grands-parents, et fait mes premiers pas avec cette chienne.

 

Ce type de chien, d'une puissance phénoménale, une tonne entre ses mâchoires, un véritable tracteur lorsqu’on le tient en laisse, s'adapte avec la personne avec laquelle elle joue. Puisque c'est, avant tout, un animal joueur.

 

Mon grand-père pouvait interdire l'accès à sa cour par un simple sifflement. S'il avait sifflé, la chienne déboulait, sautait au niveau abdominal de l'arrivant qui se retrouvait sur le cul, et, dans cette position, la chienne s'asseyait face à lui, et il ne pouvait faire aucun geste sans qu'il y ait grognement. Le visiteur n'avait plus qu'une solution : appeler les grands-parents à son secours, et alors, un geste, un mot, et la chienne le laissait faire.

 

Ce fut bien plus tard, après sa disparition, que mes parents en achetèrent une autre. C'est après mon premier mariage (erreur de jeunesse), que j'achetais ma première chienne boxer. Cette chienne fut mal dressée, et, au moment de la séparation prise d'un commun accord, je n'ai pas pu la garder. J'ai été plus perturbé par la séparation d'avec la chienne que celle de l'épouse…

 

Quelques années plus tard, une rencontre, un deuxième mariage avec une femme qui avait déjà deux enfants. Et c'est avec elle qu'en faisant à pied le trajet entre le domicile et mon cabinet que nous avons trouvé un appartement à vendre. Le jour du déménagement, j'étais content d'habiter un appartement dont nous étions propriétaire. La première nuit fut courte, car c'est à ce moment-là que mon fils eut l'idée de naître ! Et c'est 18 ans plus tard, jour pour jour, qu'il fallut piquer Marline… quel cadeau pour sa majorité !

 

Vers les huit ans de Frédéric (le petit dernier), après de longues discussions dans la famille, nous avons contacté un éleveur. Un vendredi soir, alors que les deux plus petits étaient chez leurs grands-parents, un autre appel, et l'on décide d'y aller, alors que nous devions préparer le dîner. Dans un département voisin, nous nous dirigeons vers un petit patelin (heureusement, le téléphone mobile existait déjà !). Les premiers contacts furent chaleureux autant avec la chienne qu'avec le couple d'éleveurs. Lorsque Marline nous fut présentée, elle a d'abord flairé Sébastien, puis madame …et enfin moi, le plus intéressé avait été classé troisième par l'animal. Cette chienne avait quasiment 5 mois, car les éleveurs pensaient la garder avant de constater qu'elle avait deux petits défauts esthétiques pour un œil et une oreille, donc plus question de concours.

 

La femme était réticente à mon égard : elle pensait que ma cécité poserait problème. Et pourtant, il y a bien des chiens-guides ! Personnellement, je ne voulais pas de chien-guide, mais une chienne Boxer.

 

Il a été décidé au départ que je m'occuperais, seul, de la nourriture de la chienne, et que les sorties seraient partagées avec les enfants. Une fois ces habitudes prises, la chienne ne réclamait à personne d'autre le remplissage de ses bacs. Il arrivait que, revenant du travail, la chienne me réclamait à boire, alors que les autres membres de la famille étaient présents depuis plusieurs heures. Elle réclamait de manière particulière : pas de grognement, ni d’aboiement, mais une sorte de miaulement …mais de chien.

 

Dernièrement, elle m'a réclamé à boire à la pose de midi, mais une fois servie, elle n'y a pas touché. On peut supposer que c'était pour l'avenir, en prévision d’une soif future. L'intelligence animale est assez surprenante.

 

Le dressage pour les sorties ne fut pas que de l'amusement. Au début, vu la puissance du boxer, un démarrage brutal de sa part et je me retrouvais assis sur la pelouse mouillée ! Après plusieurs incidents de ce genre, nous sommes passés au collier-étrangleur. Quand elle est devenue plus mesurée, ce fut la laisse extensible, lui laissant plusieurs mètres de liberté. Les deux premières laisses de ce genre ont été assez vite cassées, la ficelle se coupait, à cause de sa force. Une nouvelle laisse avec une bande de tissus solide a permis de faire durer le matériel. Lorsque je traversais un parking avec Marline, s'il n'y avait que très peu de voitures stationnées, elle prenait de la liberté. Mais, s'il y avait des passages étroits, la chienne était à côté de moi pour me servir de guide, sans qu’on ne le lui ait appris.

 

Etant donné l'âge des enfants, il a fallut lui interdire d'être à proximité de la table lorsque nous mangions. Si elle avait été sous la table, le contenu de certaines assiettes aurait glissé discrètement dans la gueule du chien ! Ces bonnes habitudes prises firent que nous avons pu l'emmener partout, même dans les restaurants. Le soir, elle ne mangeait qu'après nous, les quelques restes pouvant compléter ses croquettes. J'avais l'habitude de me servir un verre de vin en fin de repas, et de ne le boire que lorsqu'elle était servie. Si par hasard, je buvais une gorgée avant qu'elle est son bac de nourriture, il y avait protestation de sa part !

 

Nous avons eu la chance d'avoir une chienne qui n'aboyait quasiment jamais. Dans ses débuts, elle n'aboyait que lorsque les enfants se bagarraient, ou lorsqu'il y avait accrochage entre les parents. Ces aboiements avaient la faculté de calmer l'ambiance, car son attitude nous amusait.

Depuis des années, vu le travail des deux grands, il était difficile de se retrouver ensemble pour un week-end. Nous avons réussi de telles retrouvailles dernièrement, avec, comme bonne excuse, la réalisation de la terrasse à la campagne. Marline a aboyé souvent, réclamant les gosses pour jouer avec eux, mais le travail d'abord. La chienne a pu un peu s'amuser avec ses complices du passé, se régaler le dimanche avec les restes du repas.

Mais, le mardi soir, elle ne pouvait plus ouvrir la gueule sans douleur : une tumeur fulgurante qui l'a condamné à mort.

 

Bien sûr, il n'y a pas eu que des choses positives, surtout au départ : des chaussures non rangées furent détériorées (un bon truc pour apprendre le rangement aux enfants). Des aliments laissés sur la table furent avalés (mais jamais la ficelle du saucisson !). Des angles de meubles ont été grignotés, même le manche en bois d'un couteau de cuisine a diminué de moitié ! Maintenant, c'est un souvenir… Puis, nous avons pu laisser de la viande à décongeler sans que Marline n'y touche.

 

 

Il y en aurait encore, des choses à dire, presque de quoi faire un livre !

 

Et je peux vous confirmer que la formule qui suit ne concerne pas que les humains :

"Un seul être vous manque... et tout est dépeuplé."

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