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J’ai la mémoire qui flanche !
(Août 2007)
Un jour de grève sur France-inter, j’avais laissé la radio à mon cabinet, pour le cas où, et puis cela permettait d’entendre des choses inhabituelles. Voilà que passe une chanson que tout le monde connaît : « J’ai la mémoire qui flanche » chantée par son interprète habituelle ...oui, mais qui ?…
Je ne peux poser la question au patient qui est sur la table, il n’est pas de culture française, et il faut son fils, comme interprète, pour que l’on puisse se comprendre. Je pense : ce n’est pas Line Renaud, peut-être Jeanne Moreau ? J’aurais sans doute la réponse avec la patiente suivante, une grand-mère qui aime la chanson francophone. Mais pour elle aussi, il y a problème. Si j’évoque Jeanne Moreau, en chantonnant « on s’est retrouvé, on s’est séparé... », une autre chanson de la même interprète, elle approuve mon choix. Un soir, en cherchant sur Internet, j’apprends qu’il s’agit bien de Jeanne Moreau, que cette chanson date de 1963, et que l’autre, intitulée « Le tourbillon de la vie », date de 1962.
La mémoire, c'est vraiment quelque chose de particulier. J'ai pensé pendant longtemps que si j'avais une bonne mémoire, c'était dû à ma cécité acquise, et lorsque l'on n'y voit pas, il faut forcément se souvenir. Mais j'ai eu, l'année dernière, la preuve que ma mémoire était déjà de qualité lorsque j'avais 10 ans, soit bien avant de perdre la vue. L'été dernier, j'ai eu l'occasion avec ma petite sœur, de retourner dans un petit patelin où nous avions habités entre 1964 et 1965. Elle n'avait que deux ans à l'arrivée dans cet endroit. Elle avait eu l'avantage d'y retourner dans le passé avec mes parents pour faire un repas avec un voisin de l'époque, un poilu unijambiste qui avait tenu le tabac du lieu, bien avant que nous y habitions. Ma sœur voulait y retourner pour prendre des photos de ce village médiéval, pour nos parents qui ne peuvent plus faire de grands trajets en voiture. Vu mes occupations, cela n'a pu se faire qu'un dimanche matin, rapidement, car il y avait du monde à la maison le midi et bien 150 kilomètres aller-retour. Il a fallu se lever tôt un dimanche, mais c’était pour une bonne cause ! Nous arrivons à sa voiture …un pneu crevé, ça commence bien ! Ma sœur, prévoyante, avait un système en croix pour desserrer les boulons, heureusement. Je ne peux en desserrer que deux en forçant. Pour les deux autres, il a fallu qu'elle monte sur une des branches de la croix, et moi je soulevais l'autre branche. Merci au garagiste et au système mécanique de serrage ! Après ça, la route se passe sans problème, et nous arrivons à l'entrée du village, à 600 mètres d’altitude, où nous trouvons un parking. Elle voulait aller voir l'espace de jeux pour enfants, et pour se faire, nous descendons sur un chemin de terre parsemé de morceaux de bois qui forment des marches. Pour moi, la descente est difficile, mais faisable : ça sert à quelque chose une canne blanche ! Au bout de quelques dizaines de mètres, nous nous s'apercevons qu'il y a erreur : il faut remonter. Et là, pas de problème, j'avais mémorisé les pas de la descente, et je remonte comme si j'avais toujours parcouru ce chemin. Elle m'annonce que les locaux de la gendarmerie sont signalés « à vendre ». Tiens ! J'avais un copain qui habitait là. Et à partir de là, ma mémoire s'ouvre …plus de 40 ans après ! Et je vais lui servir de guide ! Je lui annonce qu'un peu plus loin, dans la rue où nous nous sommes engagés, sur la droite, il y avait un magasin : il y est toujours ! Et, un peu avant, il y a, sur la gauche, la rue où nous habitions. La maison est toujours là. Normal, la plupart des bâtisses ont plusieurs siècles. Je redécouvre la porte que j'avais vue dans le passé et que je touche. Une porte en bois massif, qui s'ouvre vers l'extérieur, avec de grosses charnières et un loquet métallique impressionnant. On passe l'angle, et là, surprise, une vitrine moderne au-dessus de laquelle est marqué « boucherie ». Dans le passé, cette façade possédait l'indication « coiffure » partiellement effacée, et, dans ce qui sert de magasin, mon père, bricoleur, y avait installé son atelier. C'est là qu'il a monté l'unique train électrique que j'ai utilisé avec mon frère. La chambre des garçons était au-dessus de l'atelier. A la tête du lit, un éclairage fabriqué maison, un tube lumineux protégé par un emballage plastique transparent. Sur le côté, un personnage de Wald Disney, articulé. Un des pieds manipulait l'interrupteur, et l'autre se prolongeait par un cordon qui permettait à chacun d'entre nous d'allumer ou d'éteindre. Mais le soir, à partir d'une certaine heure, la lumière s'arrêtait quelques secondes, nous avertissant de ranger la lecture. Il y avait un interrupteur de contrôle de notre éclairage dans le séjour, et le père le manipulait au moment voulu. Sacré bricolage ! En face de cette vitrine, il y avait un bistrot « Le Bec Fin ». Il y est toujours, nous y rentrons. Un café, une bière, et nous discutons avec la personne qui nous sert. Nous lui indiquons que nous avons habité en face, il y a plus de quarante ans. A cette époque, elle n'était pas là. J'ai souvenir d'une petite épicerie qui était sur la petite place juste à côté, elle est fermée depuis longtemps. A la sortie du bistrot, il y avait une vieille pompe avec une grande roue : elle existe toujours, mais elle est condamnée par des chaînes, on ne peut plus la faire fonctionner. Entre le café et l'épicerie fermée, il y a le passage qui nous mène à l'école. Tout est encore présent : la petite cour avec un puits fermé au milieu, des arbres autour …qui étaient déjà vieux il y a quarante ans ! Des photos sont prises, notamment moi devant la classe dont j’étais élève. A travers la vitre, ma sœur remarque une imprimante qui, elle, n'est pas de cette époque ! J'apprends ce jour que dans le passé, profitant de moments d'inattention de ma mère, ma petite sœur a tenté de nombreuses fois de rentrer dans ma classe. L'institutrice voyait la porte s'ouvrir …mais ne voyait personne entrer, vue la taille de ma petite sœur ! Et lorsqu'elle repérait la frangine planquée dans le fond de la classe, je devais la ramener chez moi. Elle voulait apprendre avant d'en avoir le droit… ça lui a servi : c'est quand même grâce à elle que ce site existe. A la sortie de l'école, il faut tourner à gauche pour prendre un petit chemin qui nous mènera vers l'église. Avant l'église, il y a l'espace de jeux recherché tout à l'heure, mais plus les mêmes jeux pour des raisons de sécurité …dommage pour nos vieilles « balançoires bateaux » et les souvenirs qui vont avec. Mais ces jeux d’autrefois n'amuseraient même pas nos enfants, qui sont bien trop âgés. On passe à travers des rues étroites où deux voitures ne peuvent même pas se croiser. Ma sœur me fait observer les sculptures des vieilles façades, des portes sur lesquelles des mains métalliques articulées permettent d'y frapper. Nous passons devant la vitrine du magasin que nous n’avions qu’aperçu au début, et là, un mazagran avec le nom du village : nous entrons. La personne qui tient la boutique est née là, et n'en a pas bougé depuis 60 ans. Elle se souvient de notre nom de famille. Je lui parle d'un certain Martin, fils de gendarme, dont j'ai oublié le prénom. Elle me donne les prénoms de toute cette famille. Dommage, d'autres personnes pénètrent dans le magasin, et il est midi passé, il faut partir.
On se dit que l'on reviendra mais quand ?... …ça c'est une autre histoire ! ...L'avenir nous le dira. |
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